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Smockey aux Kora – Juste une dédicace en passant

Certains ont sursauté et froncé les sourcils devant tant d’audace ; d’autres s’en amusent encore, et nombreux sont ceux qui louent le courage de Smockey. Recevant son Kora du meilleur artiste hip-hop le dimanche de Pâques au palais des Sports de Ouaga, le rappeur burkinabè a en effet dédié son prix aux combattants de la liberté, au nombre desquels Kwamé N’Krumah, Patrice Emery Lumumba et l’incontournable Thomas Sankara. Une vieille personne étant toujours gênée lorsqu’on parle d’os desséchés devant elle, cette sortie n’aurait pas eu le retentissement qu’elle a connu si la scène ne s’était pas déroulée devant Blaise Compaoré, qui sera, décidément, toujours hanté par le fantôme de son prédécesseur.

Il a beau multiplier les actes de décrispation, son pouvoir est irrémédiablement entaché de ce péché originel, inexpiable aux yeux de certains, qui ne fut pourtant que le dénouement, somme toute prévisible, d’une querelle de militaires où c’était à qui tirerait le premier.L’Histoire a voulu que ce fut l’enfant terrible de Ziniaré qui ait dégainé plus vite. Pour son malheur si on peut dire, car on ne touche pas impunément à une légende. Pour faire dans la politique fiction, si la Faucheuse avait jeté son dévolu sur Blaise, on peut parier qu’on ne l’aurait pas pleuré outre mesure.

Fin comme il l’était, on peut du reste imaginer que le président du CNR aurait mis une telle situation sur le dos de l’impérialisme international et de ses valets locaux ; qu’il aurait fait des funérailles nationales pour Blaise ; et que la Révolution aurait suivi son cours presque normal. Blaise n’a pas eu cette intelligence, on devrait dire ce cynisme politique. Et d’ailleurs le mensonge ne serait pas passé parce que lui, c’est lui, et Thom. Sank., c’est Thom. Sank. Pour en revenir à l’acte posé par l’artiste, on est enclin à penser que l’impertinence mise à part, ce qui est normal pour un musicien, qui plus est engagé, il n’a pas fait preuve d’une grande témérité et on peut en avoir une autre lecture : car que risquait-il dans ce Burkina de 2010 ? Pas grand-chose, pour ne pas dire rien.

Reconnaissons en effet que s’il y a une violence résiduelle héritée du CNR et du Front populaire, les mÅ”urs politiques sont quand même plus adoucies que sous le règne du fougueux capitaine où, pour moins que ça, certains en ont bavé de sorte que les héros et les martyrs des uns ne sont pas toujours ceux des autres. Et c’est tant mieux ainsi.En tout cas, ce n’est pas sous Sankara, où seule l’Evangile selon saint Thomas était en vigueur, que quelqu’un aurait pu tenir de tels propos et s’en aller ensuite boire “juste une bière en passant” pour reprendre le titre d’une chanson de Smockey. Il a quand même dû apprendre que, du temps de leur idole, on ne pouvait pas pisser et secouer comme il l’a fait l’autre jour sans être inquiété. C’est donc que sur ce point, les choses ont quand même évolué dans le bon sens, et c’est presque l’hommage du vice à la vertu qu’il a rendu au locataire de Kosyam. Et un grand service aussi, dans la mesure où ça sert son image de tolérant et de pondéré. Car si on peut “agresser” sans crainte le chef, c’est du même coup reconnaître que le jeu politique, malgré ses nombreux travers, est maintenant décomplexé, et qu’il y a une incontestable liberté d’expression et d’opinion qui ne s’use, il est vrai, que si l’on ne s’en sert pas.

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