Why-PWhy P est très connu dans les médias depuis plus de dix
ans ; il fait fantasmer plein d’auditeurs de la radio Ouaga Fm par sa
voix grave et américanisée, lui qui maîtrise parfaitement la langue de
Shakespeare. Certains auditeurs estiment soit qu’il est d’origine
américaine, soit qu’il ne réside pas au Faso. C’est à la faveur d’un
évènement VIP qu’il a organisé en plein cœur de l’avenue Kwamé Nkrumah
où le groupe Faso Kombat lui a fait faux bond que nous l’avons
rencontré afin qu’il nous parle de la musique burkinabè, du Hip Hop, de
sa vie et de ses déboires avec Faso Kombat.

Quelle perception fais-tu du show-biz burkinabè de nos jours ?

• D’abord, permettez-moi de lever un voile.
Contrairement à ce que d’aucuns pensent, je suis bel et bien à
Ouagadougou, et je partage avec de nombreux auditeurs des émotions
fantastiques à travers une émission que j’anime tous les jours. Mon
sentiment de manière générale est satisfaisant ; c’est vrai que je ne
suis plus très présent dans le milieu du show-biz, mais j’y participe
quand le besoin se fait sentir. J’ai ajouté une autre corde à mon arc,
c’est-à-dire sensibiliser la jeunesse qui voit en nous les hommes de
médias un modèle. Je m’adresse de plus en plus à cette jeunesse qui est
à la croisée des chemins, afin que nous puissions lui indiquer le
chemin idéal pour son épanouissement.

Tu es présent dans le show-biz burkinabè depuis plus d’une décennie, quel regard y portes-tu ?

• Humblement, je ne vais pas porter un regard
significatif mais plutôt suggestif. C’est qu’il y a eu beaucoup de
productions, de sorties, mais le nécessaire n’est pas mis en place. Il
manque dans ce milieu un de professionnalisme caractérisé. Il n’y a pas
de producteur malgré les studios qui inondent les rues, alors que les
artistes musiciens ont du talent. Le ministère de tutelle ne donne pas
suffisamment les moyens à ces jeunes pour qu’ils produisent de la
musique de qualité, et les sponsors sont absents sur toute la chaîne.
La culture apporte énormément à ce pays, les emplois à temps partiel
lors des spectacles permettent par exemple aux parqueurs, aux hôtesses
ou encore aux différents techniciens et agents de sécurité de vivre
pleinement de leur boulot. La culture participe au développement d’un
pays à la base.

Tu t’es exclusivement focalisé sur le Hip Hop pourquoi
ne pas apporter également ta grande expérience dans les musiques
d’inspiration traditionnelle ?

• C’est un choix, le Hip Hop est ma vie. Je m’ouvrirai
difficilement à un autre style. Le Hip Hop, c’est moi ! Il y a d’autres
personnes qui font mieux que moi dans d’autres domaines. Je préfère
exceller dans ce que je sais faire de mieux au lieu de toucher à tout.
Dans la vie, quelle que soit l’activité que l’on exerce, il faut se
spécialiser. Je suis d’avis avec ceux qui disent qu’il doit y avoir des
animateurs Hip Hop, des animateurs slow, ou des animateurs reggae. Même
les journalistes devraient se spécialiser. Je ne serai jamais en train
de faire du « Coupé -décalé », car c’est un mouvement qui entraîne
selon moi les jeunes dans la paresse, la dépravation, l’égocentrisme,
la délinquance, bref c’est un mouvement que je déteste ; et j’assume ce
que je dis. Du n’importe quoi ! On a vu toutes les dérives qui peuvent
arriver à cause de ce mouvement. Alors que des rythmes comme le reggae,
le rap sont des musiques qui conscientisent, qui abordent des thèmes
pertinents de notre société, en proposant même des bribes de solutions.
Le « Coupé-décalé » n’a pas fait que du bien à la jeunesse africaine.

D’aucuns disent que tu as grandi aux Etats-Unis
d’Amérique, car ta maîtrise de l’anglais en témoignerait ; associée à
cela, ta voix grave qui passionne les auditeurs. Où as-tu passé ta
jeunesse ?

• Je n’ai pas grandi aux States, j’ai plutôt grandi
dans un pays anglophone, le Liberia. Je me suis frotté très jeune aux
pays anglophones, c’est peut-être cela qui abasourdit les gens. Mais,
ensuite, j’ai achevé ma formation supérieure en Côte-d’Ivoire, ce pays
qui m’a tout donné. Je dis d’ailleurs merci aux personnes qui m’ont
beaucoup aidé là-bas, en l’occurrence François Kognan, qui est mon
second papa. Si je suis ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à cet
homme. J’ai aussi beaucoup voyagé en Europe et dans certains pays
africains, je continue d’ailleurs de voyager, mais l’essentiel de ma
formation a été fait au Liberia.

Tu as lancé un concept pour jeunesse, notamment celui
de croire en soi, d’être positif dans ce que l’on fait à travers
l’évènementiel. Est-ce que tu as le sentiment que les artistes
partagent ton idée ?

• Il y a du tout pour faire un monde. Ce concept est
dédié à la jeunesse, et notamment aux artistes ; certains ont adhéré
mais, malheureusement, j’ai été déçu par d’autres…

Qui par exemple ?

• Quand j’ai approché le groupe Faso Kombat pour
participer à ce show, il m’a donné son accord. Dès qu’il a su que j’ai
un partenaire qui m’accompagne, il m’a dit de lui donner 200.000Fcfa !
Cela m’a profondément choqué ! Les deux membres du groupe ont pensé que
j’ai recueilli des millions pour cet évènement. Je suis quelqu’un de
transparent. Je pense qu’il y a eu des coups de fil entre le sponsor et
le groupe ; j’ai estimé que c’était un manque de respect. C’est dommage
que le show-biz burkinabè évolue ainsi ; je me suis battu corps et âme
pour propulser le rap pendant des années, et c’est désolant que les
choses se passent ainsi avec le groupe Faso Kombat avec qui j’ai
toujours eu pourtant de bonnes relations. Je ne lui en veux pas, mais
c’est dommage de se comporter ainsi. La prestation de Faso Kombat était
mon initiative personnelle, je n’ai pris aucun centime de la part du
sponsor qui ne voulait d’ailleurs pas d’artistes. J’avais la ferme
résolution de prendre les gars en charge moyennant quelques billets que
je devais leur donner, mais malheureusement ils n’ont rien compris.
C’est dommage, mais la vie continue.

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