Olivia Ruiz et le Sankarisme
Q : Comment s’est fait la rencontre avec Olivia Ruiz ? C’est le label qui vous a contacté ?
Smockey : Oui C’est le label qui nous a contactés.
Et puis il y a aussi son petit frère qui fait du rap apparemment. Il
cherchait par mail un studio pour enregistrer ce fameux projet qui
était apparemment financé par une compagnie téléphonique. Je n’ai pas
trop bien compris le deal mais on m’a dit que la compagnie voulait en
faire des téléchargements sur les portables gratuitement je crois sur
les téléphones. Au début c’était une résidence de travail. On devait
enregistrer avec des musiciens africains. Il y en a qui étaient sur
Paris avec lesquels ils sont venus. Sur leur demande on leur a proposé
des rappeurs d’ici de niveau national dans le but d’essayer de faire
des mélanges de hip hop avec de la musique traditionnelle de chez nous.
Ils ont demandé une fiche technique. On leur a envoyé une fiche
technique avec les caractéristiques et les capacités du studio. Ça leur
convenait. Combien ça coutait, on leur a envoyé un devis. Ils ont
confirmé leur présence à Ouaga pour 4 ou 5 jours. Mais ça devait être
une résidence de travail surtout, pas une action humanitaire
principalement comme j’ai l’air de le comprendre beaucoup plus tard.
Bon bref, on a fait le boulot. Mais au départ je ne savais pas qu’il y
avait Olivia derrière son petit frère. C’est après que j’ai su qu’il y
avait une chanteuse française, que je ne connaissais pas d’ailleurs,
qui était une sorte de marraine du projet. C’est vrai qu’elle avait
l’air très enthousiaste mais je m’attendais à plus d’implication de sa
part au niveau artistique quand j’ai appris que c’était une artiste
connue en France. Le projet était plutôt présenté, et ça l’était
probablement, comme celui de son frère qu’elle appuyait dans sa
démarche.
Q : Elle est venue poser sa voix sans qu’il y ait eu de
préparation ? Quand tu fais du featuring tu passes du temps avec la
personne.
Smockey : Oui même au niveau du concept, mais, ceci dit, on n’avait
pas beaucoup de temps aussi. En théorie ils savaient un peu ce qu’ils
voulaient, en tout cas au niveau musical. Puisqu’en fait son petit
frère avait ramené les intrus qu’il voulait, il avait programmé des
intrus. Il devait travailler autour de ça avec une ambiance et tout.
Moi j’ai juste rajouté quelques trucs qui pouvaient peut être leur
convenir, fait le remix, c’est tout. Je leur ai filé le son pour qu’ils
repartent avec. J’avais insisté pour passer au studio pour voir comment
ils allaient tourner le truc. Malheureusement on était avec .. à
Strasbourg, je voulais en profiter pour voir les amis de SURVIE et on a
été bloqué à Strasbourg et on n’a pas pu aller sur Paris puisque le vol
était direct aller et retour. Donc on s’est loupés. Ils étaient censés
nous envoyerle son et ils l’ont fait, puisqu’ils ont envoyé les CD qui
ont été bloqués à la douane. Parce que je crois qu’ils ont mis sur le
paquet « valeur nulle », la douane n’a pas apprécié. Elle nous a dit
qu’il n’y a aucune marchandise pour la douane qui fait 0 F. Ça n’existe
pas. Ils auraient du mettre une évaluation. Donc du coup les douaniers
ont exigé que soit payée une certaine somme pour pouvoir retirer les
CD. Et nous on s’est dit qu’on n’allait pas payer la somme qu’on nous
réclamait pour diffuser les CD aux artistes quoi ! Donc on les a
contactés et on leur a dit de régler cette situation pour que les
artistes puissent récupérer le CD. Ça n’a jamais été fait. Alors les CD
sont restés à la douane, personne ne les a récupérés Maintenant moi je
sais pas s’il y a une histoire autour de Olivia.
Q : Moi non plus je ne la connaissais mais on m’a dit
qu’elle a fait des interviews autour de Thomas Sankara, que c’était le
plus grand président, patati patata. Comment elle s’est présentée à
vous, est-ce qu’elle a eu à parler de Tom Sank ou quelque chose comme
ça ?
R : Non pas personnellement avec moi, en tout cas je ne m’en
souviens pas. De toutes les façons, elle n’a pas donné l’impression
d’être particulièrement intéressée par ce type de sujet tout au plus
elle semblait essayer d’expliquer que c’était un projet de type
humanitaire… Le grand blanc qui arrive pour sauver… grand rire…. En
fait au départ nous on n’avait pas besoin de savoir que c’est une
grande artiste. Mais on n’a pas arrêté d’insister sur le fait que
c’était une grande artiste. Elle a vendu 1 millions d’albums. C’est
bien mais bon, nous ce qui nous intéresse surtout c’est ce qu’elle
pourrait apporter en termes d’échanges artistiques et de promotion aux
participants de son projet. Bon bref. Peut être parce qu’elle a discuté
avec les autres, peut être aussi à cause du décordu studio, photos de
Sankara, Norbert Zongo… ils nous ont demandé de leur conseiller des
artistes donc on a fait une sélection. On a pris quelques
ressortissants qui étaient sur la compil « la part des ténèbres »
volume 2, on a pris quelques ressortissants qui étaient sur la compil
« Norbert Zongo dix ans d’impunité ». Apparemment ça leur a plu. Ils
ont eu d’autres relations avec les rappeurs. Donc ils ont du
certainement discuter, échanger peut –être l’idée a germé
éventuellement d’en faire un package marketing (rire…). Voilà en tout
cas moi je ne suis pas le responsable, car moi j’étais à la technique
je faisais le son et pour moi rapport studio égal rapport studio. Après
le studio on ne se voyait pas. Mais je sais qu’ils se sont vus avec
d’autres artistes notamment à l’hôtel, ils ont discuté, ils ont échangé
sur pas mal de choses.
Q : c’est quoi le projet humanitaire du frère
R : Je sais pas du tout ce que c’est. En tout cas je n’en saisis pas
vraiment les nuances. Franchement après coup, quand j’analyse le truc,
ça me parait franchement un projet un peu fourre-tout sans vouloir
jeter un pavé dans la marre. Il y a une résidence de création pour
enregistrer plusieurs titres avec un rappeur qu’on ne connaît pas
encore en France, épaulé par une chanteuse célèbre qui se trouve être
sa sœur et une compagnie de téléphonie + un projet humanitaire d’écoles
pour en faire un support qui ne va pas être commercialisé mais
téléchargé sur un support qui ne va pas être commercialisé mais mis en
téléchargement sur un site …ouf.. et c’est pas la compagnie qui nous
contacte mais la maison de disques, quand bien même c’est elle si j’ai
bien compris qui finance. Maintenant, quand il arrive, Antony il
s’appelle, mais le truc, c’est quoi. C’est le frère de Olivia, il fait
du rap, c’est pas une star du rap à proprement parler parce que à la
base il devait récupérer les sons pour faire des feat avec Koba et puis
avec le gars qui fait du slam là en français, Abdel Malik. Ca ne s’est
pas fait. Après il nous a envoyé des mails, « non ça ce n’est pas fait,
ça a pas marché » et on n’a pas pu faire les feat machin tout ça,
pourtant il semblait être optimiste sur ses rapports avec Koba
notamment au départ. A priori je me dis si il y a une maison d’édition
derrière, si en tout cas il y a une compagnie téléphonique, je ne vois
pas pourquoi ça coincerait pour une histoire de fric. Il faut payer
tant. Je comprends pas pourquoi ça coince.
Mais par contre Antony, lui on a senti que c’était son projet par sa
présence sur tout les titres. C’est un jeune français qui s’essaye un
peu au rap. Bon c’est vrai que. Ça fait encore une fois l’occident qui
vient donner des leçons à l’Afrique et c’est un peu dommage que ça se
passe comme ça. A priori ça devait être notre projet. A la limite si
effectivement on devait en faire ressortir une forme d’intérêt pour la
communauté ça devait être notre projet. On aurait pu décider aussi de
faire ou de ne pas faire de mélange avec tel ou tel personne. Donc on
nous a apporté un truc, mais tu sens qu’on a mis un peu de pain sec. On
nous a laissés une certaine liberté au niveau du travail en studio mais
il y a quand même une frustration qui reste là, c’est pas une vraie
résidence de travail quoi. Et puis on aurait pu s’attendre à plus
d’implication des requérants. C’est eux qui ont demandé à ce qu’il y
ait cet échange donc on aurait pu s’attendre à plus d’implication. On
se serait attendu à ce qu’ils s’impliquent d’avantage et puis surtout
que ce soit çà l’échelle aussi de… C’est un peu comme Sankara qui
reçoit Mitterrand ici et Mitterrand qui… Je ne me rappelle pas qui
était président des États-Unis à l’époque… en fin bref, Mitterrand
qui veut recevoir Sankara en attendant qu’il le reçoive dans son palais
dans une salle annexe, je veux dire c’est parce qu’un chef d’Etat est
un petit chef d’Etat dans son pays qu’il n’a pas droit au minimum de
respect protocolaire. Nous a beau être des petits artistes, chez nous
on est des artistes connus. Chez vous comparativement on peut pas dire
pareil. Peut-être à la limite Olivia, mais moi je la connaissais pas.
En fait j’ai appris que c’était quelqu’un… On m’a parlé d’1 million
d’albums vendus sur son premier opus c’est bien. Elle m‘a fait écouter.
Ils m’ont parlé de trucs comme ça. J’ai écouté j’ai dit bon c’est bien
mais je vois pas trop le rapport avec le rap. En tout cas ça a rien a
voir franchement. Par contre son frère, il fait du rap, il est
carrément dans l’underground, il a jamais rien sorti.

Smockey en concert le 15 octobre 2007 à Ouagadougou (Photo Bruno Jaffré)
Q Mais après. Moi par exemple je fais du rap ca fait quoi,
ça fait 15, 16 ans. Moi mon kiff c’est ghetto blaster, aller voir mes
pots de prendre le RER, on rap dans le RER. Ca à la limite, quelque
soit un featuring, c’est intéressant quoi.
Smockey : Le problème c’est qu’on nous dit que
c’est un projet financé. A partir du moment que c’est un projet
financé, il n’y a plus de limite. On devrait pouvoir aller encore plus
loin. On pouvait éventuellement faire un projet vraiment intéressant
pour ces jeunes là. Parce que résultat : arrêtons nous tout simplement
au bilan. Aujourd’hui on a enregistré un support. Il nous a servi à
quoi ? A rien. Parce qu’aujourd’hui il a servi peut être au studio
parce que on a encaissé une petit facturation pour le travail de 5
jours mais quand on veut voir réellement aux artistes à quoi il a servi
il a servi à pas grand-chose surtout si tu me dis que Olivia elle base
son marketing sur Sankara, alors qu’elle a travaillé avec Faso Kombat,
Smockey etc… Et donc réellement il nous sert pas à grand chose ni en
terme de médiatisation ni en terme de droit d’auteur parce que
apparemment on n’est pas déclaré, en tout cas on n’a pas de résultats
par rapport à ça, ni en terme de spectacle non plus. Je ne pense pas
qu’Olivia va nous envoyer des billets pour nous inviter à son prochain
spectacle. Donc on y gagne pas grand-chose. Donc on utilise plutôt ce
support parce que moi ce que j’ai compris c’est les réseaux
téléphoniques qui ont été dedans. Mais derrière j’ai entendu parler….
C’est Universal qui nous a contactés en fait. C’est que quelque part il
y a un soutien quoi ? Mais ça on n’a pas vu vraiment le réel intérêt,
puisqu’on ne bénéficie même pas de l’œuvre, puis que l’œuvre est
bloquée et rien n’a été fait pour la débloquer. C’est pas nous qui
allons payer pour récupérer les œuvres. A la limite on ne peut pas leur
en vouloir de ce côté-là parce que les oeuvres ils les ont envoyés.
C’est pas dédouané. Donc il faut le faire quoi ? Mais déjà au-delà de
ça, il ya des œuvres il doit avoir des possibilités de faire une
promotion puisque cette œuvre n’est pas si promue que ça. C’est plutôt
le package qui est promu, C’est plutôt l’opération musique au Burkina
Faso (rires…) qui est promu mais pas l’œuvre en question. Donc l’œuvre
nous n’en bénéficions pas. Quand on regarde le truc quelque part y a…
Bon c’est pas étonnant on ne s’attendait, moi personnellement je ne
m’attendais pas à des miracles, ça se passe toujours comme ça, je vois
pas pourquoi ça serait différent. Je sais pas qu’est ce qui se passe
actuellement en France. Mais Olivia a autant le droit que quiconque de
parler de Thomas Sankara, de ces expériences .. Mais qu’elle aille plus
loin. Que le fait qu’elle en parle dans les médias. Qu’elle fasse des
chansons, qu’elle rentre vraiment dans le créneau et on lui dira
bienvenue. Rires… Bienvenue dans la lutte. Mais ça à mon avis, c’est
pas le but recherché. Ou alors ça surprendrait agréablement.
Propos recueillis par Ulysse Perez pour le site thomassankara.net. L’interview a été soumise à Smockey avant sa publication.
Olivia Ruiz entre le sankarisme, l’aide humanitaire et les multinationales
La sortie de son nouveau disque en avril et le début d’une tournée
ont généré une importante campagne médiatique, selon la loi du genre,
pour la jeune chanteuse Olivia Ruiz en pleine ascension. Mais surprise,
au détour d’une interview, à la question « Si, d’un coup de baguette magique, tu pouvais changer quelque chose dans le monde, ce serait quoi ? » Olivia répond : « Je
ressusciterais Thomas Sankara, le président du Burkina Faso qui fut
assassiné en 1987 lors d’un coup d’Etat. Cet homme rendait les
Africains fiers et il manque cruellement aujourd’hui » (métro du 28 mai 2009).
La campagne de promotion du disque fait une large part à un voyage
d’Olivia Ruiz au Burkina dans le but de soutenir un projet
« humanitaire » de son frère, faisant d’Olivia Ruiz, de son vrai nom
Olivia Blanc, une chanteuse « citoyenne ». De quoi s’agit-il ?
Son frère, Anthony, « psychologue interculturel » alias Toan quand
il fait du rap, est à l’origine d’une association humanitaire
« Lutt’opie ». Il a effectué un long séjour au Burkina Faso en 2008 où
il a participé à la réfection de puits. Il en est revenu avec plein de
sons mais aussi le projet de remettre sur pied une école à Diapaga dans
l’ouest du Burkina Faso, le village de son ami Abidine Coulidiaty, le
représentant de « Lutt’opie » au Burkina Faso. Il a réussi à convaincre
sa sœur de l’aider, non seulement pour le projet humanitaire mais aussi
de promouvoir des musiciens burkinabé, rappeurs comme musiciens
traditionnels.
Voilà ce qu’en dit Olivia Ruiz dans une interview accordée à l’Humanité Dimanche datée du 3 juin 2009 : « Mon
frère est parti reconstruire des puits et travailler dans un hôpital
psychiatrique au Burkina Faso. Là-bas, il a enregistré des conteurs,
des rappeurs et des slameurs. C’était une tuerie.Trois mois plus tard
Sony et Orange me proposent de financer le projet humanitaire de mon
choix en échange de ma tronche et de mon album espagnol pour vendre
leur téléphone. J’ai loué un studio sur place. On a fait venir des
musiciens maliens et burkinabé et les cinq rappeurs les plus
prometteurs. J’ai produit l’album pour qu’ils puissent utiliser leur
musique comme ils veulent. On a mis les titres en téléchargement libre
sur le site http://www.fasoburkina.com
mais les gens qui aiment le projet sont invités à faire leurs dons à
Lutt’opie, l’association de mon frère dont je suis la marraine puisque
la totalité des bénéfices est reversée à la construction d’une école à
Diapaga (ouest du Burkina Faso). J’aurais pu me servir de cette aide
pour le secours pop ou Musicalement, avec les quels je travaille depuis
longtemps. Mais dans ce projet, il y a toute notre conception de
l’humanitaire à mon frangin et à moi. Il y a des richesses. Et en
l’occurrence des richesses culturelles. On ajuste envie d’être des
passeurs, d’arrêter de se dire que le Blanc va sauver le pays avec les
richesses qu’il a à offrir. On est contre cette forme d’assistanat. On
met seulement un coup de projecteur. Si cette école est construite
comme prévu, ce sera grâce à eux, et nous, on aura juste été là en tant
qu’intermédiaires. »
Ainsi, profitant de la générosité, du frère et de la sœur, Orange et
Sony Ericsson, se sont payés une publicité peu couteuse, utilisant
l’image d’Olivia Ruiz, sous couvert de financer un projet humanitaire
et artistique. Car en réalité les deux sociétés bénéficient ainsi d’une
réduction d’impôt de 60% des sommes engagées. La page d’accueil du site
créé dans le cadre du projet précise que le site a été réalisé avec le
soutien d’Orange et Sony Ericsson. Et quand en juin 2009, on tapait sur
google « Olivia Burkina Faso », la première page sur laquelle on
tombait c’était la page http://environnement.orange.fr/Publis-edito/Olivia_Ruiz.html ,
aujourd’hui supprimée, ce qui était assez explicite. Une page au sein
d’un site créé pour promouvoir une image de défense de l’environnement
d’Orange.
Le site http://www.fasoburkina.com , en réalité http://fasoburkina.artistes.univers…,
fait bien sur la part belle à Toan et Olivia Ruiz. Mais une large part
aussi est consacrée à la présentation des artistes qui ont été
enregistrés à savoir, Smockey, Faso Kombat, Obscur Jaffar, Négroïdes,
Taama J. On peut aussi visionner un film où Olivia Ruiz rapporte dans
une interview des propos plutôt fins et intelligents par rapport à ce
que dirait d’autres artistes du show biz, sur ce qu’elle retirera de
son voyage : sourire un peu plus dans la vie en signe de reconnaissance
de la chance qu’elle a eue dans sa vie, un monde désormais plus vaste
que le petit univers qui était le sien, ou encore, ces sourires
omniprésents qui cachent les souffrances et le combat quotidien.
Pendant que Toan reconnait, ce que malheureusement peu de français
engagés dans ce qu’on appelle l’humanitaire osent déclarer, à savoir la
culpabilité qu’on essaye de dépasser en essayant de se rendre utile. Il
reprend nombre de critiques sur la façon dont justement la plupart des
humanitaires conçoivent leur projet, donneurs de leçon et souvent
incapables de donner une véritable place aux acteurs sur place, et
d’accepter la participation active et critique de la population locale
que les seules déclarations de bonnes intentions ne sauraient suffire à
susciter et à intégrer dans les projets.
L’ensemble des articles suscités par ce projet dans la presse
française, apparaissent évidemment assez complaisants. Il s’agit bien
d’une campagne de promotion. Aucun journaliste n’a semble-t-il poussé
son travail jusqu’à de demander comment le projet a été ressenti au
Burkina Mais Les propos recueillis auprès de Smockey nous ramènent à la
réalité, pour peu qu’on les entende, en regard de ce véritable conte de
fée que l’on tente de nous servir. La réalité apparait déjà moins rose
et certaines choses méritaient d’êtres sues et dites.
L’enregistrement a été effectué dans les studios Abazon de Smockey.
Il détaille l’enchainement des évènements dans l’interview ci-dessus.
Les 15000 € du projet on servi à financer les enregistrements. Quant à
l’école qu’il s’agit de construire, le site ne communique pas sur les
dons déjà effectués, ni d’ailleurs de détail sur le cout du projet.
Nous avons tenté d’entrer en contact avec Olivia Ruiz ou Toan via les
différents sites que nous avons trouvés, sans succès. En réalité Toan
est venu avec des beats et les rappeurs ont été invités à mettre des
paroles dessus.
Au début du film, Olivia reconnait des difficultés : « au départ
ils étaient tous sur leur garde (elle mime des têtes plutôt butés) et
puis c’est assez rigolo quand ils parlaient on avait l’impression
qu’ils étaient super en colère, et dès qu’il ouvraient leur bouche ils
disaient : « et bien on est super content », avec leur large sourire,
« on est ravi de ce que vous nous proposez ». Ils sont tout timides ils
ont l’air supermignons ! ».
Smockey super mignon ? Bigre, c’est mal le connaitre. Lui qui a
subit toutes sortes de pression, de censure comme Sams’K Le Jah dont il
est proche. Non les rappeurs burkinabè ne sont pas mignons. Ils sont
durs, aguerris, combatifs, engagés, conscients de leur responsabilité
envers la jeunesse. D’ailleurs le rap au Burkina est beaucoup moins
violent que celui de France, en règle générale, et par contre très
engagé parfois même moralisateur en dénonçant de mauvais comportements
comme l’alcoolisme, la drogue ou le non respect des femmes.
Smockey s’étonne que l’on ait finalement invité des rappeurs
burkinabés, dont les plus connus, pour contribuer à faire un disque
d’un illustre inconnu dans ce milieu ? Pour bien comprendre, la
situation identique serait la suivante, imaginons par exemple Tamma J,
envoyé par l’ONATEL (la compagnie de téléphone burkinabé) en France
demander à des artistes comme, Abdel Malik, MC Solaar ou Joe Starr de
venir mettre des paroles dessus.
La sincérité d’Olivia et de son frère ne semble pas devoir être
remis en cause. Mais le système est bien plus fort que leur bonne
volonté ou leur naïveté. Il sait transformer des bonnes volontés en
tiroir caisse de façon détournée. S’ils ne prennent pas garde, ils ne
resteront que des pions dans les mains ce ces multinationales qui
s’intéressent à eux parce qu’ils peuvent leur rapporter, aux projets
humanitaires pour diminuer leurs impôts ou améliorer leurs images,
écornées par de nombreuses autres pratiques détestables. Reconnaissons
leur tout de même d’avoir évité de se faire encadré par les autorités
burkinabés, ce que n’ont pas évité par exemple des gens comme Richard
Borhinger ou Manu Di Bango. Et puis rêvons un peu. Et si l’admiration
d’Olivia pour Sankara, qui lui vient certainement de la fréquentation
de ces rappeurs, pouvait l’inciter pourquoi pas à s’engager un peu plus
dans des combats d’aujourd’hui, loin des exigences marketing des
multinationales du disque ou de téléphone, et inciter ses fans en
France à en savoir un peu plus.
Bruno Jaffré
Juillet 2009
Recent Comments